Au cœur d’une soirée riche en émotions, l’une des plus grandes sensations est venue du 800 m féminin. Audrey Werro a confirmé qu’elle avait changé de dimension cette année. Idéalement placée dans le sillage de la meneuse d’allure, la Suissesse n’a laissé aucune chance à la concurrence pour s’imposer en 1’53”80, nouveau record national et record du meeting, à seulement 52 centièmes du mythique record du monde de Jarmila Kratochvilova (1’53”28). « Je ne m’attendais pas à courir aussi vite. Mes derniers chronos m’ont donné confiance », savourait-elle à l’issue de la course. Derrière, la Néerlandaise Femke Broeders-Bol a pris la deuxième place (1’55”60) tandis qu’Anaïs Bourgoin, transcendée par son public, a effacé des tablettes le record de France de Patricia Djaté en 1’55”65.
La Suisse n’a pas seulement brillé sur la piste, puisqu’Angelica Moser s’est envolée dans le ciel bleu parisien pour remporter le concours de perche avec 4,77 m, dans une ambiance survoltée. La proximité du concours masculin, programmé en même temps et sur un sautoir juste à côté, l’a bien aidé. Le public parisien d’ailleurs a bien cru revivre les émotions d’un certain soir d’août 2024 au Stade de France. Revanchard après sa défaite de Stockholm, Mondo Duplantis a remis les pendules à l’heure avec une barre à 6,13 m, explosant au passage le record du meeting. Ses trois tentatives à 6,32 m n’ont pas trouvé leur cible, mais le frisson était au rendez-vous. Porté par un Charléty en fusion, Baptiste Thiéry a signé la meilleure performance de sa carrière avec 5,93 m pour prendre une superbe deuxième place.
Kebinatshipi et Paulino en verve
Les premiers frissons de la soirée provenaient du le tour de piste. Pour la première course du programme, Busang Collen Kebinatshipi a récompensé les spectateurs ayant eu la bonne idée d’arriver bien à l’heure. En retrait à l’entrée de la dernière ligne droite, le Botswanais a fait parler son relâchement pour couper la ligne en 43”54, nouveau record de la Diamond League et deuxième performance mondiale de l’année. Le Sud-Africain Zakithi Nene (43”89) est également descendu sous les 44’’. « J’avais regardé le record de la Diamond League avant la course. C’était mon objectif et je suis même allé plus vite », confiait le champion du monde à Tokyo l’été dernier. Quelques instants plus tard, Marileidy Paulino lui répondait sur le 400 m féminin. Déjà quadruple lauréate à Paris, la Dominicaine a fait de Charléty son jardin en s’imposant pour la troisième fois consécutive. Son chrono de 48”48 lui permet de s’offrir à son tour le record du meeting. « J’adore courir à Paris, j’aime toujours y revenir », souriait la championne olympique. Derrière elle, la Tchèque Lurdes Gloria Manuel a battu son record personnel en 49”06, devant la Jamaïcaine Stacey Ann Williams (49”37).
L’Américain Jamal Britt s’est avéré le plus fort sur les haies hautes. Troisième temps des séries, il a réalisé une course parfaite en finale pour s’imposer en 12”89, record personnel et deuxième performance mondiale de l’année, devant le Japonais Shunsuke Izumiya (13”01). « Je ne m’attendais pas à courir aussi vite aujourd’hui », reconnaissait-il, avec un sourire jusqu’aux oreilles. Chez les femmes, la Nigérienne Tobi Amusan a donné la leçon à ses rivales sur les quatre derniers obstacles pour accrocher la palme en 12’’28, égalant son meilleur chrono de la saison devant Grace Stark (12”38) et Alaysha Johnson (12”39). La ligne droite à plat a vu Trayvon Bromell voler la vedette à son compatriote Noah Lyles. Grâce à un départ redoutable, il a bouclé son effort en 9’’92. « Je sais que j’ai beaucoup plus dans le coffre », assurait Bromell, déjà tourné vers Eugene, prochaine levée de la Diamond League la semaine prochaine.
Arop tout en puissance
Place forte du demi-fond mondial, Paris a confirmé son appétence pour les efforts longs. Sur 800 m, Marco Arop a longtemps couru sur les bases du record du monde, avant de légèrement coincer dans les derniers mètres. Le Canadien s’est malgré tout offert la meilleure performance mondiale de l’année en 1’41”84, loin devant Niels Laros. « Je sais que je peux battre le record du monde cette année, j’aurai encore une ou deux tentatives cet été », lançait-il avec gourmandise.
L’Australien Cameron Myers a attendu les 250 derniers mètres pour faire définitivement la différence dans la version masculine, hors-Diamond League, et mettre une claque à son record en 3’28”00, confirmant ainsi sa place de meilleur performeur de la saison. Le 3000 m steeple, privé de plusieurs favoris, est revenu à l’Allemand Karl Bebendorf, heureux de saisir l’occasion en 8’05’’55 : « En l’absence des meilleurs mondiaux, je savais que j’avais une chance de gagner », appréciait-il. Le 5000 m a donné lieu à une course étrange, les cadors faisant le choix de ne pas suivre les lièvres sur les premiers tours. C’est finalement Grant Fisher qui a tiré les marrons du feu grâce à sa pointe de vitesse dans la dernière ligne droite. L’Américain a ainsi décroché sa première victoire en Diamond League en 12’54’’80, devant le Kényan Jacob Krop (12’55”22) et le recordman d’Europe Andreas Almgren (12’55”38). « Je n’avais jamais gagné en Diamond League. C’est très difficile d’y parvenir, j’en suis d’autant plus heureux », soufflait le recordman du monde du 3000 m en salle. Jimmy Gressier, longtemps au contact, n’a finalement pas pu se mêler à l’emballage final devant un public acquis à sa cause.
Au javelot, la sensation chinoise Yan Ziyi a confirmé tous les espoirs placés en elle en remportant son premier concours européen, grâce à une entrée en matière mesurée à 67,44 m. Dans le cercle de poids, c’est la Canadienne Sarah Mitton qui a triomphé, à la faveur d’un troisième essai mesuré à 19,99 m. Une victoire qui suffisait à son bonheur, même si elle glissait dans un sourire qu’un tout petit centimètre de plus n’aurait pas été de refus.